Lale Labuko, fondateur d’Omo Hope et participant à la formation d’Août 2018 au TTC

« Mon expérience au Tostan Training Center (centre de formation de Tostan) a été extrêmement enrichissante », déclare Lale Labuko, « et a eu un impact considérable sur ma façon de penser et de diriger, ainsi que sur le cours de l’action à Omo Hope. Ça m’a aidé à voir une approche différente pour résoudre nos défis actuels. Plutôt que de nous concentrer sur l’élimination du mingi, nous avons adopté une approche plus large et plus sensible en mettant l’accent sur l’éducation et l’accès à l’information. Ce faisant, nous avons déjà eu un impact considérable sur les communautés de la vallée de l’Omo et espérons être un changement positif éternel pour la région. »

Lale Labuko est le fondateur de Omo Hope (anciennement Omo Child), une organisation communautaire qui a pour mission de sensibiliser le public à la pratique du « mingi » et de promouvoir son abandon dans la région de la vallée de l’Omo, dans le sud-ouest de l’Éthiopie. Le Mingi est une norme sociale profondément ancrée dans laquelle les enfants supposés porter de mauvais esprits ou des « malédictions » sont marqués et tués.

Avant de suivre la formation, l’organisation de Lale utilisait une approche d’intervention réactive et axée sur un seul problème, condamnant le mingi et sauvant des enfants marqués. Les anciens de la communauté qui faisaient l’objet de cette condamnation étaient souvent sur la défensive et défendaient leur position au lieu d’être ouverts au changement de comportement.

En août 2018, Lale a participé à l’une des formation organisées au Tostan Training Center  (TTC), grâce à une bourse financée par NORAD. Il s’est joint à un groupe de militants, d’acteurs du développement communautaire et leaders du changement venus du monde entier pour 10 journées intensives d’exploration de soi, de partage de connaissances et d’apprentissage pratique et participatif, fondées sur l’approche holistique et basée sur les droits de l’homme de Tostan.

Panneau de bienvenue aux bureaux de Omo Hope (ancienne Fondation Omo Child)

Pendant les 10 jours passés au TTC, Lale a découvert la méthodologie et les théories à la base de la programmation holistique de Tostan, considérée comme l’intervention la plus efficace pour mettre fin à l’excision et aux mariages d’enfants en Afrique. Ce succès est attribué au processus de « délibération des valeurs » mené par la communauté, au cours duquel les membres de la communauté discutent de la manière d’aligner leurs valeurs à leurs pratiques et emmènent des changements à la fois profonds et durables aux normes sociales.

À son retour dans sa communauté, Lale a intégré ses nouvelles connaissances et compétences à l’approche de son organisation. « J’ai commencé par présenter ce que j’avais appris à notre personnel. À l’aide de discussions de groupe hautement interactives, nous avons défini de nouveaux objectifs annuels ainsi qu’à long terme et mis en place de nouvelles pratiques en matière de sensibilisation de la communauté, de systèmes de rapports internes et externes, de nouveaux systèmes d’évaluation et de compétences linguistiques », a déclaré Lale.

« Une fois que l’équipe Omo Hope s’est familiarisée et engagée avec la nouvelle stratégie, nous avons envoyé des représentants et du personnel administratif dans 25 villages pour former des comités de gestion communautaire. Suivant le modèle de Tostan, ces comités, composés d’hommes et de femmes, sont dirigés par un chef, un trésorier ainsi qu’une secrétaire et traitent de questions telles que les responsabilités communautaires, l’éducation et les pratiques traditionnelles néfastes. Les autres membres de la communauté fonctionnent comme un conseil de village », a-t-il ajouté. Les comités travaillent maintenant avec Omo Hope pour faire un suivi des pratiques néfastes, y compris le mingi, ainsi que sensibiliser leurs populations via leurs réseaux sociaux.

Omo Hope facilite des réunions de village avec les comités de gestion communautaire, composés d’hommes et de femmes âgés de 20 à 35 ans et d’aînés de la communauté.

Pour s’assurer que les comités connaissent leurs droits et leurs responsabilités, ainsi que les principes de base de la mission et de leur approche, Omo Hope a organisé un séminaire de formation d’une semaine avec ses membres dans la langue officielle de l’Éthiopie, l’amharique et dans les langues locales, Kara et Hamar. Ils ont également invité les responsables des gouvernements locaux, issus des Ministères de l’Éducation, de la Femme et de l’enfance, de la Jeunesse et de la Justice, à collaborer, garantissant ainsi l’alignement des valeurs et des efforts. En reprenant la méthodologie de Tostan, Lale a rendu les sessions interactives et pertinentes : « Lors du séminaire, nous avons présenté les responsabilités des comités, la valeur de l’éducation, les droits de l’homme et les effets néfastes des pratiques traditionnelles. Nous avons animé de nombreuses discussions de groupe sur l’identification et la résolution des problèmes, et avons encouragé la participation de tous. »

En créant un espace ouvert de dialogue, les facilitateurs d’Omo Hope ont aidé les communautés et les autorités locales à identifier les véritables défis auxquels ils étaient confrontés et ont collaboré avec elles pour trouver des solutions. À partir de là, ils ont élaboré un plan d’action pour le bien-être de la communauté, qui prévoyait notamment la reconstruction et l’entretien de trois écoles dans la région, qui est déjà en cours. Leurs nouveaux processus organisationnels ont permis au gouvernement d’acquérir cinq hectares de terres avec succès après plus de six ans de demandes : « Cette terre sera le futur site de notre propre Omo Child Home, qui accueillera un plus grand nombre d’enfants et une grande école, » Lale a rapporté.

Notes des séminaires de formation organisés en Amharique, Kara et Hamar, pour s’assurer que toutes les personnes présentes soient en mesure de comprendre et d’apporter leur contribution.

Pour Lale, l’engagement envers le bien-être matériel démontré par Omo Hope est un élément clé du renforcement du moral et incite les comités de gestion communautaire à assumer la responsabilité de leurs propres activités, y compris la sensibilisation et les rapports sur les pratiques néfastes. Il a déjà remarqué un changement d’attitude :

« Il y a six mois, nous ne recevions aucun rapport des membres du village sur la pratique du mingi, malgré le fait qu’elle était pratiquée. Les gens étaient juste silencieux. Depuis le début de ces discussions sur l’éducation et les pratiques néfastes, nous recevons beaucoup de rapports. Bien que la pratique ne soit pas encore terminée, les gens commencent à voir quelque chose et à dire quelque chose, ce qui est un pas énorme dans la bonne direction. C’est un signe que les normes sociales commencent à changer. »

Le travail que Lale a réalisé pour intégrer une approche éducative participative, holistique et basée sur les droits de l’homme dans son organisation en Éthiopie n’est qu’un exemple des nombreuses réussites du centre de formation de Tostan. Ce faisant, il a vu les anciens de la communauté passer d’une attitude défensive à une ouverture au dialogue menant à des progrès décisifs en faveur de la dignité pour tous dans la communauté.

Karen de la  Margaret Gada Slosberg Charitable Foundation avec Lale et les participants et facilitateurs du programme.

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